oct 02
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Spectaculaire retour de Strauss-Kahn

 Une chronique d’Alain Duhamel parue dans Libération, daté du 2 octobre 2008.

Dans son interview au Journal du Dimanche du 28 septembre, Dominique Strauss-Kahn n’y va pas par quatre chemins : le directeur général du Fonds monétaire international se proclame haut et fort candidat pour réformer le marché financier mondial. Il considère que c’est la vocation même de l’institution qu’il dirige. Il rappelle sans fausse humilité que dès le mois d’avril, il avait formulé le diagnostic exact sur l’ampleur et le champ de la crise. Il regrette de n’avoir pas été écouté, les gouvernements se refusant à l’époque d’entendre de si fâcheuses nouvelles. Il approuve les mesures d’extrême urgence actuelles, à commencer par le plan Paulson (malgré ses faiblesses) et par les interventions des Etats pour sauver banques, assurances ou établissements financiers menacés. Il avertit néanmoins que lorsque la crise aura été maîtrisée, la pire des choses serait d’en rester là.

 

L’ancien ministre des Finances souligne que le marché financier a besoin de transparence et de contrôle, de normes et de régulations. Il est prêt à débattre des mesures nécessaires, qu’il s’agisse de la supervision des agences de notation (qui ont spectaculairement échoué dans leur rôle de vigies), du durcissement des règles “prudentielles”, de la modernisation et de l’harmonisation des normes comptables, de la réglementation des achats à découvert ou de la sincérité des bilans des sociétés financières. A la Libération, les accords de Bretton Woods avaient mis sur pied un système monétaire mondial cohérent, décapité un quart de siècle plus tard par Richard Nixon. Aujourd’hui, Strauss-Kahn plaide pour la création d’un système financier mondial fondé sur la transparence et sur le contrôle. Il s’en verrait bien l’architecte puis le grand régulateur. L’ancien candidat effectue ainsi un retour spectaculaire sur le devant de la scène, en pleine crise mondiale et sur le terrain qui a toujours été le sien. Voici de nouveau DSK en piste pour un rôle digne de son grand talent. Si par extraordinaire il réussissait dans sa tentative, son avenir se modifierait du tout au tout et il resurgirait à terme sur la scène politique française, en grand équipage et au moment clé.

Bien entendu, il faut commencer par convaincre des gouvernements traumatisés qu’après la phase de colmatage, il est impératif d’entreprendre une phase de réformes. La période s’y prête, puisque les tenants de la doctrine de l’autorégulation des marchés se trouvent aujourd’hui complètement démentis. Seules des minorités nient que les Etats doivent se précipiter à la rescousse des établissements financiers menacés. Seules des minorités s’offusquent, même aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne, temples du libéralisme, qu’il faille procéder à des nationalisations ou offrir des garanties. A l’époque où Strauss-Kahn rêvait de porter les couleurs de la gauche, il préconisait déjà des nationalisations temporaires pour sauver des entreprises viables traversant une crise. Sa suggestion avait alors déchaîné les quolibets.

Aujourd’hui, les plus libéraux la mettent en œuvre.

Avoir raison trop tôt n’est pas forcément un atout. Prêcher la réforme au moment où la crise atteint son paroxysme n’est pas non plus une garantie de succès. Strauss-Kahn prend cependant date et s’avance officiellement en première ligne. De leur côté, les 27 devraient faire mouvement dans la même direction lors du prochain conseil européen dans deux semaines, s’ils écoutent Nicolas Sarkozy. Strauss-Kahn n’est évidemment assuré d’aucun rôle même s’il occupe la fonction la plus légitime pour coordonner et cristalliser les propositions de réforme. Au moins a-t-il une carte significative à jouer à un moment crucial et au cœur de son domaine naturel. S’il parvient à surmonter les égoïsmes nationaux et à enjamber les  préjugés idéologiques, il peut rêver de devenir le Jean Monnet d’un système financier international enfin responsable. Dans cette hypothèse, certes aléatoire, il obtiendrait un crédit personnel très spécial. Un homme de gauche réformiste avec une expérience internationale de haut niveau et une réputation d’envergure et de capacité, ce serait dans notre pays une situation de monopole. Il y a eu jadis Pierre Mendès France pour incarner un profil de ce genre, puis naguère Jacques Delors, et c’est tout. Strauss-Kahn s’inscrit dans cette rare filiation. Comme ces deux aînés prestigieux, il est beaucoup plus à son aise face à des tempêtes financières ou à des crises internationales que dans les roueries stériles de la tactique politicienne où il trébuche régulièrement dans ses propres ruses. Il est plus l’homme des épreuves que des manœuvres. Dans les circonstances actuelles, il peut devenir le recours de la gauche. Une image qui vaut bien celle du télévangélisme en tunique christique.

 


Auteur: admin
juin 24
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Une nouvelle version de la contribution

est en ligne sur le blog Besoin de gauche


Auteur: admin
juin 19
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Non à un choc Delanoë-Royal

Jean-Christophe Cambadélis a estimé jeudi que le Congrès du PS en novembre à Reims est “assez mal barré” et ne devrait pas se résumer à un “choc” entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal.

“Il est assez mal barré. Si c’est un choc entre deux personnalités, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, ce n’est pas le bon signe que l’on peut envoyer à l’ensemble des Français”, a affirmé sur France 24 le député de Paris, membre du pôle des “Reconstructeurs” regroupant les amis de Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Martine Aubry et Arnaud Montebourg.

“Avec Pierre Moscovici - on a signé une contribution - nous démontrerons que l’on peut construire un plan de travail pour mettre en place un Parti socialiste moderne et ancré dans

Quant à la succession de François Hollande à la tête du PS, le député de Paris rappelle que “pour l’instant, ni Martine Aubry ni Pierre Moscovici ni d’autres n’ont déposé formellement leur candidature”.


Auteur: admin
juin 13
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Les Cinq exigences

Les cinq exigences

Voici les cinq exigences pour un congrès efficace que nous voulons développer avec vous :

1. Définissons un projet de société : le nouveau modèle de développement

Ce modèle consiste à :

- Réorienter l’éducation et l’enseignement supérieur pour assurer à la France un avantage comparatif durable sur les pays émergents dans les secteurs à forte valeur ajoutée.
- Mettre en œuvre une stratégie industrielle et des services qui articule plus finement programmes sectoriels et action territoriale : développement de pôles de recherches et d’innovation associant universités, centres de recherche, entreprises et collectivités locales, simplification et concentration des aides à l’innovation sur les PME…
- Lutter contre les déficits, réduire la dette publique et stabiliser les prélèvements obligatoires par une réforme de l’Etat intelligente et un investissement social plus efficace.
- Rendre la croissance plus respectueuse de l’environnement en encourageant la biodiversité, les économies d’énergie et l’instauration d’une taxe internationale sur les émissions de CO2.
- Faire naître un nouvel équilibre Nord-Sud, par un effort de coopération réorienté, la régulation des ressources premières et de l’eau et la lutte contre la famine.

2. Abordons la nouvelle question sociale

C’est une condition de la réussite du nouveau modèle de croissance. Pour faciliter l’égalité réelle des chances et l’émancipation individuelle, il faut :

- Repenser nos systèmes de protection sociale et les garanties collectives des salariés pour améliorer la mobilité professionnelle, cruciale pour la création d’emplois et de richesses.
- Préparer les personnes et territoires fragilisés à affronter les mutations, par un effort accru dans les services publics, notamment l’éducation, des formations repensées et la mise en place d’un système de « salarié franc » allégeant les cotisations sociales pour les embauches de jeunes venant des territoires relégués.
- Promouvoir la démocratie sociale et la participation des salariés aux prises de décisions stratégiques des entreprises.

- Créer une allocation d’autonomie pour les étudiants sous condition de ressources du foyer fiscal et de réussite scolaire.
- Créer un contrat d’entrée dans la vie active association accompagnement dans la définition d’un projet professionnel, formation qualifiante et rémunération à hauteur de l’allocation de solidarité.
- Encourager une plus grande redistribution des cartes à chaque génération en rééquilibrant la fiscalité au profit du travail et au détriment de la rente.
- Anticiper les évolutions rendues nécessaires par le vieillissement de la population, en améliorante la prise en charge de la dépendance.
- Encourager la natalité, par une réforme du congé parental permettant aux pères d’assumer une part plus importante de la garde des bébés et des jeunes enfants.

3. Relançons l’Europe

À cet, effet, nous devons :

- Faire de l’Europe l’outil d’une nouvelle gauche dans la mondialisation, en dessinant un projet économique et social européen.
- Encourager, dans la nouvelle donne institutionnelle issue du Traité de Lisbonne, l’imposition par le Parlement européen d’un pacte économique écologique et social continental.
- Renforcer les capacités de l’Europe en matière de défense et de sécurité.

4. Changeons la gouvernance du Parti socialiste

Pour ce faire, il nous faut :

- Retrouver un leadership de travail.
- Imposer une transparence, par la création d’une TV via Internet et la retransmission des travaux des conseils et bureaux nationaux.
- Changer les méthodes des instances de direction nationales.
- Redonner au Conseil national son pouvoir d’orientation et de contrôle.
- Instaurer des conseils fédéraux où les grands élus siègent et rendent compte, et où les secrétaires de section puissent participer aux décisions.
- Encourager les sections investies dans la société.
- Respecter les militants, d’abord en les impliquant dans les débats nationaux.
- Repenser l’accueil politique des nouveaux adhérents.
- Développer la formation des militants.
- Préparer de grandes conventions dans le cadre d’« ateliers de l’alternative » ouverts à nos partenaires et à la société civile pour trancher les grandes orientations : égalité, école, vieillissement et protection, réforme des l’Etat et des collectivités locales.

5. Inventons une nouvelle stratégie de rassemblement

Pour que la gauche redevienne victorieuse, il est nécessaire de :

- Réduire les menaces que représentent pour nous Olivier Besancenot et François Bayrou.
- Transformer le PS en parti de toute la gauche, en visant un score de 35 %.
- Reconquérir les territoires relégués et le salariat précarisé.
- Associer les intellectuels à notre réflexion.
- Engager un dialogue régulier et approfondi avec le monde associatif et les syndicats.
- Promouvoir la parité et la diversité, notamment par une meilleure préparation des candidats
- Offrir à l’opinion publique des porte-parole à l’image de la France.
- Faire du contrat de gouvernement le préalable à l’octroi de circonscriptions aux Verts, au PCF, au PRG, au MRC.
- Préparer la désignation de notre candidat à l’élection présidentielle, en 2011, par l’organisation de primaires organisées autour du PS et ouvertes à tous ceux qui le souhaitent.

Conclusion

Notre contribution a pour but de faire avancer le PS concrètement sur ces cinq questions. Ce sont les exigences sur lesquelles nous souhaitons bâtir un travail en commun, une nouvelle aventure collective. Il ne s’agit pas de s’empêtrer dans les débats du passé, mais d’éclaircir et d’étayer ceux de l’avenir. Nous le disons avec force : notre pays, notre continent ont besoin d’une nouvelle gauche. Soyons en les inventeurs.


Auteur: admin
juin 13
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En chantier : la contribution “Besoin de gauche”

Ce premier texte, soumis au débat interne, pose les enjeux de la période et présente nos exigences en vue d’un congrès réussi. Le dépôt de la contribution que nous souhaitons élaborer ensemble devant intervenir au Conseil national du 1er juillet 2008, le retour des observations est souhaité pour le 17 juin.

Un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, les Français, à qui l’on avait promis croissance et pouvoir d’achat, n’ont ni l’une, ni l’autre. Défiants à l’égard d’un pouvoir brouillon qui leur a menti, ils sont inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants, dans un contexte international de ralentissement économique majeur et de crise écologique et alimentaire sans précédent.

De leur côté, les gauches européennes peinent à proposer une alternative électoralement viable, économiquement crédible, socialement juste. La gauche française, devenue la championne des scrutins locaux, vient pour la troisième fois de perdre les élections présidentielles. En 2012, cela fera 24 ans qu’aura été élu le dernier –et jusqu’ici le seul- Président de la République, François Mitterrand et 10 ans que le Parti socialiste aura quitté le pouvoir après la défaite de Lionel Jospin en 2002.

Au-delà d’une alternative à l’UMP que beaucoup de nos concitoyens espèrent et attendent, c’est la nouvelle gauche européenne qu’il faut faire émerger. Dans ce but, il s’avère indispensable de penser le monde, de prendre l’exacte mesure de l’expansion, depuis 30 ans, du capitalisme globalisé, cadre dans lequel nous devons tracer les chemins d’une société moins dure, plus juste, tout en répondant à la crise écologique par une meilleure répartition des ressources rares. Ces défis nous obligent à redéfinir à partir d’un cadre géopolitique pertinent les rapports entre les forces de travail et un capital en mutation accélérée. Ce cadre sera nécessairement européen. Il s’agit d’organiser ainsi de nouvelles marges de manœuvre, d’encourager la compétitivité dans les secteurs de l’économie confrontés à la concurrence internationale, tout en recherchant, dans les espaces non marchands, un haut niveau de services.

C’est l’enjeu pour toute une génération de socialistes.

Le PS a pris du retard. Depuis dix ans, il ne s’est pas préparé. La tactique a pris le pas sur la projection dans l’avenir, la synthèse sans contenu a prévalu sur les nécessaires choix stratégiques. La réflexion a cédé le champ à la communication, le travail collectif a été éclipsé par la gestion des écuries et des clans.

La conviction qu’en dépit de tout cela, l’exaspération d’un peuple suffirait à garantir la défaite de la droite a été cruellement démentie par les faits. Nous avons déçu les millions de femmes et d’hommes qui nous attendaient à la hauteur des enjeux, car nous avions oublié que dans ce pays, la gauche n’est jamais parvenue à ravir le pouvoir aux conservateurs qu’en travaillant en profondeur. L’imagination s’en est allée, le leadership s’est émietté, la fraternité s’est abîmée.

En ce début de siècle, le PS n’est pourtant pas privé d’atouts: ses énergies militantes, ses capacités d’organisation, ses réseaux d’élus et d’experts,…En phase avec les attentes qui s’y développent, il parvient aujourd’hui à être majoritaire dans de nombreux territoires. Mais, faute de réflexion globale sur les transformations du monde et de la société française, faute d’investissement collectif sérieux dans les idées, faute de courage pour arbitrer les choix, il ne parvient plus depuis dix ans à produire une offre politique qui fasse sens pour les français et leur donne l’impression de répondre à leurs problèmes réels.

Notre congrès doit surprendre. L’heure n’est plus aux accommodements, aux faux semblants, aux clivages dépassés ou aux querelles de personnes. Le temps qui s’ouvre est celui du renouveau. Nous voulons une nouvelle donne globale, pour offrir aux Français, bientôt, une nouvelle gauche.

Nous disposons d’un socle commun : la déclaration de principes. Le Parti socialiste s’accepte désormais comme réformiste, attaché à la transformation sociale, européen, laïque et féministe. C’est autour de ces valeurs qu’il nous faut apporter des réponses concrètes aux problèmes des Français.

Plus que jamais, le travail que nous devons engager est celui de l’adaptation de notre analyse de la société, de nos orientations et de nos moyens d’action à l’époque et au monde d’aujourd’hui. L’avenir de la France, de l’Europe et de la planète est ouvert : il va nous offrir des chances nouvelles mais aussi nous exposer à des menaces. A nous de tirer le meilleur parti des premières en sachant nous prémunir efficacement contre les secondes.

A la fatalité, à la résignation auxquelles conduit le retrait de l’action publique prôné par les libéraux, nous devons opposer une volonté collective de prendre à bras le corps les défis du moment. Contre le parti de l’ordre, nous devons à nouveau incarner le mouvement. Contre tous ceux qui prônent une troisième voie entre socialisme et capitalisme, nous réaffirmerons nos idéaux de toujours : le bien-être et l’autonomie pour tous, la paix et le développement par la coopération, la préservation des ressources naturelles et des équilibres écologiques de la planète. Mais nous y ajouterons une exigence : rompre avec la proclamation de principes pour proposer les moyens d’assurer la réalisation concrète de ces idéaux. Le Congrès doit définir le projet de société que les socialistes proposent au pays et définir les politiques publiques qui lui donneront un contenu effectif.

Nous sentons qu’il y a, aujourd’hui, un besoin de gauche. Des émeutiers de la faim à ceux qui, en Europe ou en France, se mobilisent pour défendre la protection sociale et les services publics, tous appellent à une plus grande régulation des marchés et à une intervention publique renouvelée au service de la justice sociale.

Le Congrès de Reims sera le point de départ de ce travail dans la durée, qui vise à rendre à la gauche sa crédibilité. Méfiants par histoire comme par culture à l’égard de la personnalisation du pouvoir qui fonde la Cinquième République, nous ne pensons pas qu’elle suffise, dans notre parti, à garantir le renouvellement de la doctrine et de l’organisation. Elle risque, au contraire d’être un facteur de division et d’affaiblissement collectif. Nous entendons donc proposer un programme de travail sincère. Agissons dans le respect des échéances, en commençant par la réflexion de fond, avec ce qui a toujours fait notre richesse : le débat collectif. Ouvrons-nous sur la société. Recréons une offre de gauche. Enfin, lorsque nous aurons accompli ensemble ce travail, lorsque les Français nous regarderont à nouveau comme la majorité souhaitable pour le pays, le moment viendra de choisir celle ou celui qui, dans nos rangs, nous conduira à la victoire.


Auteur: admin
juin 05
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Socialisme, libéralisme et égalité, par Pierre Moscovici

La tournure que prend la phase préparatoire du prochain congrès du PS ne laisse rien augurer de bon quant à la qualité du débat d’idées que les militants, mais aussi la gauche française, sont en droit d’attendre des socialistes. Le dernier épisode en date, opposant de manière un peu artificielle deux responsables qui ont l’un et l’autre bien perçu les enjeux du socialisme de demain, l’illustre jusqu’à la caricature. Du livre que Bertrand Delanoë vient de publier, on a surtout retenu la déclaration par laquelle l’auteur s’affirme socialiste et libéral. Ce n’était, à vrai dire, pas son apport principal. Quelques heures cette annonce, Ségolène Royal affirmait sur Canal + qu’elle voyait une contradiction dans les termes, et que l’on ne pouvait, selon elle, être à la fois socialiste et libéral. Le propos ne pouvait que surprendre, venant d’une ex-candidate à l’élection présidentielle qui avait su dans sa campagne briser quelques tabous et qui, dans son livre Maintenant, affirmait : «Nous, socialistes, nous sommes des libéraux au sens du libéralisme politique originel»; opinion répétée par elle il y a deux mois dans le Point. Comme il semble exclu que Ségolène Royal ait depuis lors changé d’avis sur le sujet, tout pousse à voir dans cette réaction une simple posture, visant à faire apparaître son rival comme le fourrier de la droitisation du parti et à se présenter elle-même comme la gardienne du socialisme authentique. Le libéralisme mérite, dans nos rangs, une vraie réflexion, non un échange de slogans.

Car c’est une banalité de rappeler que les socialistes sont attachés aux libertés politiques. Elles sont même inscrites dans leur code génétique. Reste la question du libéralisme économique. Qu’on le veuille ou non, cette notion recouvre depuis longtemps, dans le vocabulaire politique français, une acception bien précise. Les libéraux français prônent une vision thatchérienne de l’économie, dans laquelle le rôle de l’Etat se verrait confiné aux grandes fonctions régaliennes que sont l’armée, la justice et la police, quand tout le reste serait confié aux marchés. Or ce courant de pensée, hier incarné par Alain Madelin, est aujourd’hui pratiquement inexistant dans la vie politique française. Même Nicolas Sarkozy, qui se prétend libéral, est en réalité l’archétype du bonapartiste conservateur qui, par la politique qu’il met en œuvre, encourage la rente. Les choix qu’il a opérés depuis un an, notamment le bouclier fiscal, qui cache la suppression déguisée de l’ISF pour les très gros patrimoines, et la généralisation de l’exonération des droits de succession, favorisent la reproduction des inégalités de richesses, génération après génération, et excluent que le mérite et le travail puissent menacer les positions acquises. Dans le même temps, la suppression des postes dans l’éducation nationale, qui touche les banlieues plus durement que d’autres parties du territoire national, prive les élèves des quartiers de toute chance sérieuse de voir l’école jouer le rôle d’ascenseur social.

Les socialistes doivent démontrer au pays qu’ils sont le parti qui garantit le mieux l’égalité réelle. Mais nous ne saurions le faire en nous affirmant libéraux, au risque de désorienter notre électorat et d’offrir des arguments à ceux qui sont toujours prompts à décrire en nous les sociaux traîtres. D’autant plus que, dans les faits, nous sommes moins intéressés par les libertés formelles que par le moyen de leur donner un contenu réel, dans la grande tradition du clivage - utile celui-ci - qui oppose historiquement conservateurs et progressistes. Tous ceux qui attendent une société moins dure, qui espèrent une amélioration de leurs conditions de vie, se détourneraient de nous si, dans nos discours et nos débats, le libéralisme venait à prendre le pas sur la justice sociale et sur l’égalité.

Si le congrès de Reims devait se résumer au choix entre un libéralisme aux contours imprécis et un socialisme dont le contenu serait fixé à l’issue d’une consultation participative, nous n’aurions pas beaucoup avancé dans la conception de l’alternative politique qu’une opposition digne de ce nom se doit d’offrir au pays. C’est pourtant l’objet du congrès, si nous savons éviter les faux débats, prétextes à des affrontements de personnes, et au contraire nous caler, avec intelligence, sur le calendrier électoral, en répondant à une question fondamentale : qu’est-ce qu’être socialiste, en France, au XXIe siècle ?


Auteur: admin
mai 28
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La lettre No. 142 - 27 mai 2008

Sommaire :

Adresse d’Alain Bergounioux devant les «amis de Bertrand Delanoë»

Le Bloc-notes de Jean-Christophe Cambadélis

Texte de réfé́rence
La résolution votée au conseil national du 18 mai 2008

Dans la presse
Entretien de Pierre Moscovici au Parisien daté du 15 mai 2008

Entretien de Jean-Christophe Cambadélis à LCI.fr le 22 mai 2008

Tribune
Appel des 17 parlementaires sur la réforme constitutionnelle

Téléchargez la Lettre No. 142


Auteur: admin
mai 22
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De nouveaux droits pour l’opposition ?

REFORME CONSTITUTIONNELLE
De nouveaux droits pour l’opposition ?

par Jean-Jacques Urvoas

A l’heure où le Parlement discute du projet de loi constitutionnelle de modernisation des institutions de la Vème République, Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère et maître de conférences en droit public, revient sur un des aspects de ce débat : les droits et les devoirs de l’opposition dans une démocratie apaisée.
L’auteur, dans cette note, démontre combien notre régime a besoin d’une opposition puissante, car c’est bien son existence et son action qui donnent tout son sens à l’institution parlementaire.
Voici des clefs pour comprendre le débat législatif qui s’ouvre…

Téléchargez la note


Auteur: admin
mai 18
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L’appel du 18 mai

Un an après son élection, Sarkozy échoue déjà. La crise institutionnelle qui s’était nouée dans les dernières années de Jacques Chirac, est de retour. La France est en panne, le pays souffre, les Français sont en colère, les mouvements sociaux se multiplient autour du pouvoir d’achat. La crise et la division à droite affleurent. Le tout dans une crise économique majeure et une crise écologi- que et alimentaire sans précédent. De leur côté, les gauches européennes peinent à construire une alternative électoralement viable et économique- ment crédible. La gauche française ne s’est toujours pas retrouvée au niveau national malgré des victoires électorales remarquables.

Au-delà d’une alternative à l’UMP, qui se doit d’être fondée. C’est la nouvelle gauche du monde occidental qu’il faut faire émerger.

Pour ce faire, il s’avère indispensable de penser le monde, de prendre l’exacte mesure de l’expan- sion, depuis 30 ans, du capitalisme globalisé, de répondre à la crise écologique et à une meilleure répartition des ressources rares. Ces défis nous obligent à redéfinir les rapports sociaux à partir d’un cadre géopolitique pertinent. Il est néces- sairement européen. Il s’agit d’organiser ainsi de nouvelles marges de manœuvre, une compétitivité optimale. Il s’agit d’assurer dans les secteurs productifs confrontés à la concurrence internationale, le confortement des services et des espaces non marchands; et un réarmement des forces du travail face à la mutation accélérée du capital.

C’est l’enjeu pour toute une génération socialiste. La triple défaite de suite aux présidentielles est à analyser au regard de cet enjeu historique. Ce triple échec démontre la nécessité de tout repenser, de tout revisiter, de tout rebâtir. Depuis un an, nous avons travaillé à cette réorientation générale de la gauche, pour changer la France, que nous n’avons pu faire aboutir lors des présidentielles autour de DSK. Ce dernier reste pour nous un espoir pour la France.

Depuis, nous avons enregistré un premier succès avec la nouvelle déclaration de principe qui emprunte largement au manifeste pour la rénovation que nous y avions adopté en août 2007. Cette déclaration de principe est un premier pas, il ne doit pas être dénaturé lors de la convention nationale, ni minoré ou relativisé.

Nous allons maintenant aborder la phase des contributions. Puis il y aura celle des motions. Puis nous aborderons le congrès lui-même. Et enfin l’élection du Premier secrétaire sera posée. Après nous aurons d’autres combats. Avant que le temps des présidentielles ne s’impose à nous.

A chaque étape nous voulons construire une alternative crédible et moderne à la droite. Celle-ci ne se réduit pas à trouver un champion. Même si, sous la Vème république, cette question est incontournable. Elle viendra en son temps. Le Nicolas Sarkozy actuel ne saurait être comparé en terme d’opinion à celui qui il y a un an triomphait. Les Français ne nous demandent pas un présidentiable tout de suite, mais une alternative claire.

La feuille de route de la gauche est tout à la fois simple et complexe : créer la dynamique majoritaire qui soit tout à la fois efficace électoralement et crédible en terme gouvernemental. Elle néces- site audace et union. Réduire le prochain congrès à une lutte de présidentiables, c’est tout à la fois le stériliser et prendre le risque d’une division durable. Nous avons, nous le savons, des responsabilités dans ce congrès, pour protéger le débat, promouvoir de claires rénovations, clarifier la stratégie et unir.

Spontanément nous ne mettons pas tous les acteurs sur le même plan. Nous nous déterminerons sur la base de critères fondamentaux : le rapport à la politique, le sens du collectif. Nous mènerons les discussions à partir de nos exigences : la modernisation doctrinale, le renouvellement des formes d’organisation et de désignation à la présidentielle. Mais ce n’est pas le sujet du moment. La question est de construire une majorité claire autour d’une rénovation radicale, d’une stratégie qui soit celle d’un large rassemblement de la gauche dans et autour du Parti socialiste, ouvert à tous les partis et mouvements politiques et associatifs décidés à participer à la définition et à la mise en œuvre d’une alternative politique, d’un mode de désignation de notre candidat qui s’articule autour d’une primaire dans la gauche.

Nul n’est à priori exclu de ce triptyque, encore faut-il qu’il y réponde.

Nous souhaitons donc poursuivre ce débat autour d’une contribution réellement rénovatrice. Nous nous adressons en ce sens aux amis de Arnaud Montebourg et de Martine Aubry. Nous souhaitons que cette contribution indique clairement le chemin à suivre dans la continuité de notre Manifeste. Nous élargissons notre équipe à une vingtaine de jeunes responsables pour animer dans le parti cette phase contributive. Nous participerons à tout espace réel de discussion permettant de travailler à nos objectifs.

Nous nous adressons à l’ensemble des militants socialistes et des sympathisants pour qu’ils nous aident à faire triompher une véritable rénovation qui puisse « ré-enchanter » la gauche, lui donner espoir et capacité au changement. Ensemble créons les conditions d’une dynamique vertueuse permettant de combattre au quotidien Nicolas Sarkozy et de gagner dans l’union en 2011. Evitons les querelles subalternes, les règlements de comptes ou les calculs de second ordre. Il s’agit d’un gigantesque effort collectif auquel nous vous appelons, nul ne pourra gagner sans une gauche profondément renouvelée dans tous les domaines. C’est l’enjeu du débat autour des contributions.


Auteur: admin
avr 08
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La lettre No. 138 - 8 avril 2008

Sommaire :

Pour un congrès utile aux Français et… aux Européens

Le bloc-notes de Jean-Christophe Cambadélis

Lectures

De battre, ma gauche s’est arrêtée, par Jean-Paul Huchon

Dans la presse
Entretien de Pierre Moscovici au Figaro daté du 7 avril 2008

Discours

Discours de Jean-Christophe Cambadélis au conseil national du 25 mars

Tribunes

Contribution de Jean-Marie Le Guen à une prise de position du PS sur l’avenir de notre système de retraite
Téléchargez la Lettre No. 138


Auteur: admin